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Mise au point sur les implants spiralés
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Pourquoi parler des implants « spiralés » aujourd’hui ?
Depuis une quinzaine d’années, les implants multifocaux (bifocaux, trifocaux, EDOF) sont devenus la solution de référence pour la prise en charge de la presbytie lors de la chirurgie de la cataracte ou du remplacement cristallinien. Ils permettent une large indépendance aux lunettes, mais au prix bien connu d’effets indésirables visuels (halos, glare, baisse de contraste) et d’une exigence accrue sur la sélection des patients.
Les « implants spiralés » représentent une nouvelle génération de lentilles dites full range of vision, basées sur une optique réfractive non diffractive à profil spiralé. L’exemple le plus médiatisé est la plateforme RayOne Galaxy (Rayner), présentée comme le premier implant à optique spirale, conçu à partir de modèles d’intelligence artificielle et visant à délivrer un continuum de vision de loin à près avec une réduction des dysphotopsies par rapport aux trifocaux classiques.
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Principe optique : qu’est-ce qu’un dioptre spiralé ?
Le concept d’optique spiralée est issu de travaux en optique physique sur les dioptres « spiralisés » et les vortex optiques. L’idée est de modifier progressivement la puissance locale de la surface optique le long d’une trajectoire spiralée, plutôt que par des zones concentriques ou des marches diffractives.
En pratique, dans une lentille spiralée :
- une partie de l’optique se comporte comme une lentille réfractive classique (focalisation principale, souvent pour la vision de loin) ;
- une zone spiralée crée un allongement de foyer (type EDOF) et/ou des foyers supplémentaires, via la génération d’un « vortex » de phase qui redistribue la lumière de façon continue le long de l’axe visuel ;
- l’objectif est de lisser la transition entre les différentes distances focales, en évitant les ruptures de profil (marches diffractives) responsables de halos marqués dans les multifocaux diffractifs traditionnels.
Des travaux expérimentaux sur des lentilles spiralées freeform (notamment en lentilles de contact et optique d’imagerie) montrent la possibilité d’obtenir une multifocalité ou une grande profondeur de champ avec une distribution plus homogène de la lumière.
Appliqué à un implant cristallinien, ce principe vise donc à offrir :
- une vision continue loin–intermédiaire–près,
- une meilleure transmission lumineuse (pas ou peu de perte d’énergie lumineuse dans des ordres diffractifs),
- et un profil de halos plus discret qu’avec les optiques diffractives classiques.
- Exemple de plateforme : RayOne Galaxy (Rayner)
La plupart des données actuelles sur les implants spiralés proviennent de la plateforme RayOne Galaxy. D’après les données industrielles et les premières communications cliniques
- l’optique est entièrement réfractive, sans marches diffractives ;
- un profil spiralé est intégré à la surface pour étendre la profondeur de champ et générer les foyers nécessaires à la vision de près et intermédiaire ;
- la conception du profil spiralé a été optimisée à l’aide d’algorithmes d’IA, entraînés sur des bases de données de résultats optiques et cliniques ;
- la lentille existe également en version torique, permettant de traiter l’astigmatisme;
- le fabricant insiste sur l’absence de perte de lumière théorique (0 % de « light loss » annoncée) et sur une réduction des halos par rapport aux trifocaux diffractifs.
Les premières utilisations rapportées cliniquement (séries limitées, registres précoces) font état de bons résultats de vision de loin, intermédiaire et près, avec une satisfaction élevée et un taux de dysphotopsies jugé inférieur aux trifocaux de génération précédente.
Il faut toutefois garder à l’esprit que le recul reste court (lancements commerciaux fin 2024–2025 dans plusieurs pays).
Les messages récurrents sont :
- une indépendance aux lunettes élevée, proche des trifocaux haut de gamme ;
- une vision intermédiaire souvent mise en avant comme particulièrement confortable (ordinateur, tableau de bord, etc.) ;
- un profil de halos et glare généralement décrit comme plus discret que celui des trifocaux diffractifs, surtout en conduite nocturne.
Sélection des patients : pour quels profils ?
Comme pour tout implant premium, la clé du succès reste la sélection et l’information du patient.
Profils a priori favorables :
- sujets fortement motivés par l’indépendance aux lunettes sur toutes distances ;
- patients gênés par l’idée de halos importants avec les trifocaux diffractifs, mais prêts à accepter de légers phénomènes photiques résiduels ;
- cornée régulière, faible aberration de haut degré, astigmatisme contrôlable (implant torique si besoin) ;
- macula saine, champ visuel normal, pas de pathologie oculaire limitant la qualité de vision fine.
Profils à éviter ou à manier avec précaution :
- pathologie maculaire, glaucome avancé, neuropathies optiques ;
- cornées irrégulières, kératocône, antécédents de chirurgies cornéennes compliquées ;
- patients très intolérants à la moindre dysphotopsie (phobie de la conduite nocturne, métier très sensible à la qualité de vision nocturne) ;
- attentes irréalistes, faible tolérance à la phase de neuroadaptation.
Conclusion : quelle place pour les implants spiralés aujourd’hui ?
Les implants spiralés représentent une avancée intéressante dans la quête d’une vision « tout-en-un » après chirurgie du cristallin :
- leur optique spiralée réfractive vise à concilier pleine transmission lumineuse, profondeur de champ étendue et réduction des dysphotopsies par rapport aux multifocaux diffractifs ;
- les premiers retours cliniques sont encourageants, avec une indépendance aux lunettes élevée et des halos souvent jugés plus tolérables ;
En pratique, pour un chirurgien de cataracte/réfractif expérimenté en implants premium, l’implant spiralé peut déjà constituer :
- une option supplémentaire pour les patients très motivés par la liberté de lunettes,
- qui souhaitent limiter le risque de halos marqués des trifocaux diffractifs,
Le mot d’ordre, pour l’instant : sélection rigoureuse, information transparente, collecte systématique de données, afin de définir, dans les prochaines années, la place précise des implants spiralés dans l’arsenal des solutions presbytie-corrigeantes.
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